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Epidémie d’Ebola : entre riposte en contexte de polycrise et instrument de pouvoir en RDC.

In Health Systems, Equity, and Social TransformationAugustin Mudekereza Kasenge16 min read

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Le 24 avril 2026, un premier cas suspect (cas index) présentant des symptômes compatibles avec Ebola est identifié, marquant le début probable de la chaîne de transmission. Deux jours plus tard, le 26 avril, un second cas suspect - membre de la fratrie du premier - développe des symptômes, révélant une transmission intra domiciliaire. Le 27 avril, le décès du cas index survient, suivi le 28 avril par celui du deuxième patient, constituant un cluster à issue fatale. Le 5 mai, les réseaux sociaux rapportent une flambée de décès estimée à 50, ce qui conduit, dès le 6 mai, les autorités sanitaires à initier une vérification de l’alerte. Le 9 mai, le Médecin Chef de Zone de Mongbwalu transmet un rapport d’investigation préliminaire, et le 11 mai, une réunion d’urgence aboutit au déploiement d’équipes d’intervention rapide à Mongbwalu et Rwampara.

Introduction

Le 24 avril 2026, un premier cas suspect (cas index) présentant des symptômes compatibles avec Ebola est identifié, marquant le début probable de la chaîne de transmission. Deux jours plus tard, le 26 avril, un second cas suspect — membre de la fratrie du premier — développe des symptômes, révélant une transmission intra domiciliaire. Le 27 avril, le décès du cas index survient, suivi le 28 avril par celui du deuxième patient, constituant un cluster à issue fatale. Le 5 mai, les réseaux sociaux rapportent une flambée de décès estimée à 50, ce qui conduit, dès le 6 mai, les autorités sanitaires à initier une vérification de l’alerte. Le 9 mai, le Médecin Chef de Zone de Mongbwalu transmet un rapport d’investigation préliminaire, et le 11 mai, une réunion d’urgence aboutit au déploiement d’équipes d’intervention rapide à Mongbwalu et Rwampara.

Le 12 mai, des investigations conjointes permettent le prélèvement de vingt échantillons, dont les tests réalisés à Bunia s’avèrent négatifs pour divers pathogènes. Le 13 mai, des analyses approfondies sont engagées à l’INRB, parallèlement à une réunion nationale du Comité de coordination de la riposte. Le 14 mai, huit échantillons sont confirmés positifs pour Ebola non-Zaïre. Le 15 mai, le séquençage identifie la souche Bundibugyo, entraînant la déclaration officielle de la 17e épidémie par le ministère de la Santé publique. Le 17 mai, l’OMS qualifie la situation d’Urgence de Santé Publique de Portée Internationale estimant le risque mondial faible mais élevé au niveau régional. Enfin, le 18 mai, le CDC Afrique a déclaré une Urgence de sécurité sanitaire continentale et déployé une équipe de soutien. Dans son évaluation des risques, l’organisation a estimé qu’une dizaine de pays particulièrement vulnérables pourraient être touchés par l’épidémie, à savoir le Soudan du Sud, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, l’Éthiopie, la République du Congo, le Burundi, l’Angola, la République centrafricaine et la Zambie, outre la République démocratique du Congo et l’Ouganda.

Comprendre une épidémie dans un environnement de crises multiples

La 17ᵉ épidémie d’Ebola, déclarée en mai 2026 dans l’Est de la RDC, survient dans un contexte de polycrise caractérisé par l’instabilité politique, l’insécurité chronique, la fragilité économique, les tensions diplomatiques et la réduction de l’aide humanitaire (Rakowski et al., 2025). Cette combinaison de crises engendre des effets en cascade qui renforcent les vulnérabilités sociales, politiques, environnementales et institutionnelles. Dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, marquées par une économie prédatrice et des institutions fragiles (Pole Institute, 2026), la riposte sanitaire se déploie ainsi dans un environnement particulièrement contraignant.

Dans ce contexte, l’épidémie d’Ebola constitue une illustration concrète de la notion de polycrise. Contrairement à une simple coexistence de crises, la polycrise renvoie à une configuration dans laquelle plusieurs crises interdépendantes interagissent, se renforcent mutuellement et produisent des effets systémiques difficilement prévisibles (Jayasuriya, 2023 ; Rakowski et al., 2025). Le Sud-Kivu offre à cet égard un exemple particulièrement révélateur. La persistance des conflits armés, les déplacements massifs de populations, la fragilité des infrastructures sanitaires, les effets des changements climatiques, la précarité économique et les épidémies récurrentes ne constituent pas des phénomènes distincts ; ils s’inscrivent dans un même système de vulnérabilités où chaque crise contribue à amplifier les autres.

L’insécurité armée limite l’accès aux soins et entrave les activités de surveillance épidémiologique ; les déplacements forcés favorisent la propagation des maladies ; la pauvreté réduit les capacités de prévention des ménages ; tandis que la faiblesse des institutions publiques compromet la gestion efficace des urgences sanitaires. De plus, la réduction de l’aide internationale et les tensions géopolitiques régionales diminuent les capacités de réponse au moment même où les besoins humanitaires augmentent. Ainsi, l’épidémie d’Ebola ne constitue pas seulement une crise sanitaire parmi d’autres, mais un phénomène qui s’insère dans un ensemble de crises imbriquées dont les interactions produisent des effets multiplicateurs.

Par conséquent, ces crises n’agissent pas de manière isolée ; leurs interactions amplifient leurs effets et peuvent engendrer des défaillances systémiques dont les conséquences sont ressenties de façon disproportionnée dans les pays du Sud, notamment en RDC (Bergamo, 2025) (Kelecha, 2026). La polycrise met ainsi en évidence les limites des approches sectorielles de gestion des crises, souvent incapables de saisir les interdépendances entre santé, sécurité, économie, environnement et gouvernance. Dès lors, répondre efficacement à ces défis nécessite des transformations systémiques touchant les infrastructures, les politiques publiques et les systèmes économiques. Une telle approche doit également intégrer les savoirs locaux afin de mieux prendre en compte la complexité des crises et de renforcer la résilience des communautés affectées (Bergamo, 2025) (Rakowski et al., 2025).

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Ebola sans vaccin, systèmes de santé sous pression : les nouveaux défis de la riposte en RDC

Le 17 mai 2026, l’OMS a déclaré l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo une urgence de santé publique de portée internationale. La souche Bundibugyo, rare et dépourvue de vaccin ou de traitement homologué, exige des moyens scientifiques, techniques et logistiques considérables. Dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les équipes de santé doivent en outre faire face simultanément à d’autres urgences sanitaires, notamment le choléra et le Mpox, ce qui accentue la pression sur des systèmes de santé déjà fragilisés. Cette situation est aggravée par la réduction de l’aide internationale depuis 2025 : les coupes budgétaires affectant notamment l’OMS et l’USAID ont affaibli les capacités de surveillance, de prévention et de mobilisation communautaire.

Or, les relais communautaires constituent un maillon essentiel de la riposte. Ils jouent un rôle déterminant dans la sensibilisation des populations, la promotion des comportements préventifs et la détection précoce des cas, contribuant ainsi au contrôle des épidémies (Nzengu et al., 2024). Cependant, leur démobilisation progressive, liée au manque de financements, affaiblit les interventions de santé publique et favorise la propagation de rumeurs et de fausses informations.

Dans ce contexte, la riposte à Ebola ne peut se limiter à une approche strictement biomédicale. Elle met en évidence la nécessité d’une stratégie intégrée associant santé publique, engagement communautaire et renforcement durable des systèmes de santé afin d’améliorer leur résilience face aux crises récurrentes.

Ainsi, cette épidémie illustre l’imbrication étroite des enjeux sanitaires, sociaux et sécuritaires. Elle révèle comment l’insécurité persistante, les fragilités structurelles des systèmes de santé, aggravées par le sous dimensionnement des appuis internationaux et la circulation rapide de la désinformation compliquent la gestion de l’urgence sanitaire. Cette dynamique est renforcée par l’infodémie, définie comme une surabondance d’informations, incluant des contenus inexacts, trompeurs ou non vérifiés, qui rend plus difficile pour le public l’identification de sources fiables et la compréhension des enjeux liés aux urgences sanitaires (Hess et al., 2024) (Blum et al., 2025). Par conséquent, l’infodémie entrave la mise en œuvre efficace des mesures de prévention, de surveillance et de contrôle de la maladie.

L’insécurité comme multiplicateur du risque épidémique

A l’Est de la RDC, la conflictualité constitue un système complexe marqué par l’interaction entre fragilités institutionnelles, tensions communautaires, économies de guerre et ingérences régionales. Ce système hybride repose sur des conflits liés à l’accès à la terre, à l’exploitation des ressources naturelles, à la représentation politique et à la sécurité. Il est également alimenté par une économie politique de la prédation minière impliquant des acteurs étatiques, paraétatiques et transnationaux (Mukuna, 2026).

Dans ce contexte, l’insécurité persistante représente un défi majeur pour la riposte à Ebola. La présence de groupes armés limite l’accès aux soins, entrave les déplacements des équipes médicales et réduit la couverture des activités de surveillance épidémiologique. De plus, la fragmentation territoriale complique la coordination des interventions sanitaires : certaines zones touchées par la 17ᵉ épidémie sont contrôlées par l’AFC/M23, tandis que d’autres demeurent sous l’autorité du pouvoir central, rendant plus difficile la mise en œuvre d’une réponse cohérente et coordonnée.

Par ailleurs, cette insécurité favorise des dynamiques qui accroissent les risques de transmission de la maladie. Les déplacements massifs de populations vers des camps surpeuplés créent des conditions propices à la propagation du virus. En outre, la présence de groupes armés dans les zones forestières contribue à l’intensification des activités de chasse et de braconnage, augmentant ainsi les contacts entre les populations et les animaux susceptibles d’être porteurs du virus. À ces facteurs s’ajoutent certaines pratiques à risque, notamment la consommation d’animaux infectés, qui favorisent la transmission zoonotique.

Ainsi, l’épidémie d’Ebola ne peut être dissociée du contexte sécuritaire dans lequel elle évolue. L’interaction entre conflit armé, mobilité forcée des populations et exposition accrue aux réservoirs animaux du virus démontre l’étroite imbrication des enjeux sanitaires et sécuritaires dans l’Est de la RDC.

La fragilité économique et sociale comme facteur aggravant de l’épidémie

L’épidémie d’Ebola survient dans un contexte de profonde fragilité économique et sociale qui complique la riposte. Dans l’Est de la RDC, le dysfonctionnement de certaines institutions financières limite l’accès à la liquidité et freine les activités économiques. Parallèlement, l’exploitation illégale de l’or, du coltan et du bois alimente une économie parallèle échappant au contrôle de l’État et réduisant les recettes fiscales nécessaires au financement des services publics et de la santé (Prosper, 2026).

Cette fragilité est renforcée par des contraintes structurelles : accès limité à l’énergie, aux transports et aux services financiers. La dégradation des infrastructures routières, souvent insuffisantes ou contrôlées par des groupes armés, entrave les échanges et ralentit l’acheminement des médicaments et de l’aide humanitaire. La capacité des autorités sanitaires à coordonner la riposte s’en trouve réduite.

À cela s’ajoute une crise sociale persistante : chômage élevé, pauvreté, dépendance à l’économie informelle et à l’aide humanitaire. L’inflation et l’insécurité alimentaire, liées aux perturbations agricoles et à la hausse des prix, accentuent la vulnérabilité des ménages. Enfin, la densité démographique, les déplacements récurrents et la fermeture de centres de santé favorisent la propagation du virus. Dans ce contexte, les préoccupations de survie quotidienne relèguent les mesures préventives au second plan.

Ebola comme enjeu de pouvoir et objet d’instrumentalisation politique en RDC

La 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC dépasse largement la seule dimension sanitaire pour devenir un enjeu politique et sécuritaire majeur. A la lumière du concept de biopouvoir développé par Michel Foucault, la gestion de l’épidémie peut être comprise comme une forme de gouvernement des populations à travers des dispositifs de surveillance, de contrôle et de protection de la vie (Foucault, 2004). Dans cette perspective, la santé publique devient un espace privilégié d’exercice du pouvoir, où les autorités cherchent à réguler les comportements individuels et collectifs au nom de la sécurité sanitaire.

À Kinshasa, le gouvernement mobilise ainsi la riposte comme une démonstration de sa capacité à protéger la population et à affirmer sa souveraineté sanitaire. Les campagnes de sensibilisation, les mécanismes de surveillance épidémiologique, le traçage des contacts ou encore les mesures de contrôle des mouvements participent de cette logique biopolitique visant à administrer la vie et à réduire les risques sanitaires. En parallèle, l’AFC/M23 exploite la crise pour mettre en évidence les limites de l’État et renforcer sa propre légitimité auprès des populations vivant sous son influence. La santé publique devient dès lors un champ de légitimation concurrentielle où différents acteurs revendiquent la capacité de protéger les populations et d’assurer leur bien-être.

Cette dynamique se traduit par des accusations réciproques : le gouvernement dénonce les entraves humanitaires causées par les groupes armés, tandis que ces derniers mettent en avant les insuffisances de la réponse étatique. Il en résulte une forme de « gouvernance par la crise » dans laquelle la gestion de l’épidémie sert non seulement à protéger la santé publique, mais également à produire de l’autorité politique. Dans une perspective foucaldienne, le contrôle de la maladie devient ainsi indissociable du contrôle des populations, des territoires et des représentations sociales. Les épidémies constituent historiquement des moments privilégiés de déploiement des dispositifs de surveillance et de contrôle des populations (Foucault, 1975).

Par ailleurs, la sécuritisation de la santé transforme l’épidémie en enjeu de sécurité nationale et régionale. Les dispositifs sanitaires, les financements internationaux et les mécanismes d’urgence deviennent des ressources stratégiques mobilisées dans les rapports de pouvoir. Les autorités mettent en avant la détection rapide des cas, la coordination avec les partenaires internationaux et l’efficacité de la riposte comme preuves de leur capacité à gouverner. Al’inverse, l’opposition armée et l’opposition non armée dénoncent les retards de la réponse, l’insuffisance des infrastructures sanitaires ainsi que l’incurie de l’Union Sacrée de la Nation (majorité au pouvoir) face à l’épidémie.

Ainsi, l’articulation entre biopouvoir, biopolitique, sécuritisation de la santé et gouvernance par la crise permet de comprendre comment l’épidémie d’Ebola devient un espace de compétition politique où la gestion de la vie, de la santé et de la sécurité constitue un levier central de construction, de contestation et de légitimation du pouvoir.

Ebola comme enjeu géopolitique dans la région des Grands Lacs

L’épidémie d’Ebola dans l’Est de la République démocratique du Congo dépasse largement le cadre sanitaire pour devenir un enjeu géopolitique régional. Située au cœur d’un espace transfrontalier marqué par les conflits armés, et l’intensité des échanges commerciaux, elle suscite des préoccupations croissantes en matière de sécurité nationale pour les États voisins. Dans ce contexte, la maladie devient un objet de gouvernance régionale où les impératifs de santé publique s’entremêlent aux préoccupations sécuritaires, diplomatiques et économiques.

Les tensions persistantes entre la RDC et certains acteurs régionaux, notamment autour de la question de l’AFC/M23, contribuent à transformer la gestion de l’épidémie en un espace de rivalité diplomatique et de légitimation politique. Entre Kinshasa et Kigali la crise sanitaire s’inscrit dans un climat de méfiance réciproque où la circulation du virus est souvent associée aux enjeux de contrôle territorial et de souveraineté. A cet effet, Kigali avait, dès la déclaration de l’épidémie, procédé aux fermetures unilatérales de ses frontières avec la RDC.

Toutefois, ces fermetures s’avèrent discriminatoires. En effet, les restrictions imposées au nom de la lutte contre Ebola produisent des effets différenciés selon les groupes sociaux concernés. Tandis que certaines catégories d’acteurs tels que les diplomates, le personnel humanitaire, les opérateurs économiques stratégiques continuent de bénéficier de régimes de circulation privilégiés alors que les commerçants informels, les gagnent-petits et/ou les débrouillards du quotidien qui vivent du commerce transfrontalier subissent davantage les contraintes de l’immobilisation. Dans ce point, les autorités rwandaises, définissent quelles mobilités doivent être préservées et lesquelles peuvent être sacrifiées.

A la lumière du concept de nécropouvoir développé par Achille Mbembe, ces mesures peuvent être analysées non seulement comme des dispositifs de protection sanitaire, mais également comme des mécanismes de sélection et de hiérarchisation des mobilités humaines. La fermeture des frontières et le contrôle renforcé des déplacements contribuent à distinguer les populations jugées légitimes à circuler de celles qui doivent être immobilisées au nom de la sécurité collective. Certaines vies sont ainsi protégées par les dispositifs sanitaires, tandis que d’autres sont exposées à des formes accrues de vulnérabilité économique, sociale ou sanitaire. Dans cette perspective, la gestion des frontières devient un exercice de pouvoir qui détermine qui peut traverser les espaces sécurisés et qui demeure confiné dans des zones considérées comme à risque et/ou mortifère (Mbembe, 2006 ; Kasenge, 2026).

Face à ces défis, la Communauté d’Afrique de l’Est tente de promouvoir une coordination régionale fondée sur des mécanismes communs de surveillance épidémiologique et de contrôle aux frontières. Toutefois, les capacités inégales des États membres, les intérêts nationaux divergents et les rivalités géopolitiques limitent l’efficacité de cette coopération.

Ainsi, Ebola apparaît comme bien plus qu’une menace sanitaire, elle agit à la fois comme un révélateur et un catalyseur des tensions régionales, reconfigurant les rapports de pouvoir, les stratégies de sécurité et les relations diplomatiques dans l’ensemble de la région des Grands Lacs. A travers le prisme du nécropouvoir, la gestion de l’épidémie révèle également comment les dispositifs sanitaires peuvent produire une hiérarchisation des vies et des mobilités, en déterminant quelles populations doivent être protégées, surveillées ou immobilisées au nom de la sécurité collective.

Conclusion

La 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo illustre avec force la complexité des crises contemporaines dans un contexte de polycrise. Loin de se limiter à une urgence sanitaire, elle s’inscrit dans un environnement marqué par l’insécurité persistante, les fragilités institutionnelles, les vulnérabilités économiques, les tensions géopolitiques et la réduction de l’aide internationale. L’interaction de ces différentes crises produit des effets en cascade qui compliquent la prévention, la surveillance et le contrôle de la maladie, tout en accentuant les inégalités et les vulnérabilités des populations affectées.

L’analyse montre également que l’épidémie constitue un espace privilégié d’exercice et de contestation du pouvoir. À travers les dispositifs de surveillance sanitaire, les stratégies de communication et les mécanismes d’urgence, la gestion d’Ebola s’inscrit dans des logiques de biopouvoir, de nécropouvoir et de gouvernance par la crise. Dans le même temps, les restrictions de mobilité, les contrôles frontaliers et la différenciation des populations exposées aux risques révèlent des formes de nécropouvoir qui hiérarchisent les vies et les mobilités au nom de la sécurité collective. Ainsi, la santé publique apparaît non seulement comme un domaine d’intervention humanitaire, mais aussi comme un champ de compétition politique, de légitimation du pouvoir et de recomposition des rapports de force aux échelles locale, nationale et régionale.

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About the author

Augustin Mudekereza Kasenge

Augustin Mudekereza Kasenge

Speaker, Ebola DRC Webinar (June 2026)

Augustin Mudekereza Kasenge is a university lecturer, researcher, and expert in local governance, decentralisation, and public-private partnerships based in the Democratic Republic of Congo. With over fifteen years of experience in applied research, community project coordination, and humanitarian action, his work focuses on natural resource governance, climate change, gender, and urban dynamics in South Kivu. He holds a Master's degree in Development Studies from ISDR/Bukavu and is a researcher at the Centre for Conflict Analysis and Governance at the Angaza Institute. As former Provincial Executive Secretary of the Red Cross DRC/South Kivu, he coordinated emergency responses to crises including Cholera and Ebola outbreaks, floods, and armed conflict, making him a key voice on the intersection of humanitarian action, governance, and public health in the DRC.

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